Michel DUBOST qui était alors évêque d’Évry, venu célébrer la messe à la prison de Fleury-Mérogis, commença, un premier novembre, par s’adresser à la soixantaine d’hommes présents : « Vous êtes des saints ! » Mouvements divers dans l’assistance ! Il continue : « Oh ! Je sais bien. Vous n’êtes pas des petits saints ! Vous ne seriez pas en prison. Un saint, c’est un pécheur pardonné ! »
Cet été, j’ai eu la grâce d’être accroché, au moment du café, par un jeune qui me demande à se confesser. On s’isole. Il me dit qu’il ne s’était jamais confessé, comme beaucoup à son âge, (il avait autour de 20 ans !), ce qui ne me surprend pas. Il avoue un très gros mensonge qui a impacté tous ses proches dans sa famille et ses amis. Il est terriblement culpabilisé. Il pleure. Impressionnant ! Après lui avoir donné le pardon de Dieu, spontanément il me demande : « Est-ce que vous pourriez m’aider à rédiger des lettres de demande de pardon à tous ceux que j’ai trompés ? » Nous y avons passé de longues heures, car il avait du mal à écrire. Les deux dernières lettres furent les plus compliquées : elles étaient pour sa copine et ses parents. Avant de commencer, je lui demande, me doutant de la réponse, s’il pensait que ses proches l’aimeraient encore, non pas malgré cela, mais avec cela. Il me répondit sans hésiter : oui. Elles furent copieusement arrosées de larmes. A la fin, il m’a remercié, me disant qu’il se sentait libéré. Il a souri !
La joie du pécheur pardonné : là se trouve la clé de la sainteté ! Nos vies ne sont pas un parcours sans faute. Tout au long des différentes étapes de ma vie vécues dans des contextes bien différents, j’ai eu le bonheur de croiser des saints. Je dirais même, si j’osais, des « saints laïcs ». Certains sont morts ; d’autres sont toujours là. Plusieurs vivaient en dehors de toute foi chrétienne ou, du moins, ils ne l’affichaient pas. Leur parcours de vie avait pu être tortueux au plan affectif, professionnel, spirituel même. Je vous livre quelques signes de cette sainteté, laïque ou chrétienne, qui font que je ne désespère pas de l’humanité, même en ces temps difficiles !
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L’humanité du quotidien. Ça ne fait pas la une des journaux. Mais combien déploient des trésors d’affection pour accompagner des vieux parents âgés, des enfants difficiles ou marqués par le handicap, pour soigner jusqu’au bout, pour laisser la porte ouverte à un jeune qui a tant de fois déjà dérapé… L’humanité du quotidien, c’est aussi le courage d’affronter la vie après un deuil, une rupture affective, un gros souci financier, en faisant face dans la dignité, en acceptant aussi de se faire aider.
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Le combat pour la justice. Il commence par savoir dire la vérité, même si elle dérange, dans sa famille, son entreprise, sa paroisse ; même si cela provoque des conflits. Le silence, l’omerta sont toujours au détriment des plus faibles, des victimes !
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La volonté de dialogue. Elle commence par le non-jugement sur les personnes ou sur telle ou telle catégorie : « Ils sont tous pourris ! Les étrangers sont des fainéants, des profiteurs… » Même chez celui qui ne pense pas comme moi, je vais, de façon têtue, croire qu’on peut se parler sans s’invectiver, essayer de comprendre pourquoi l’autre pense comme cela.
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La gratuité du service ; le bénévolat. Je reste agréablement surpris, dans notre société d’individualisme régnant, de voir le nombre d’associations actives au service des gens fragiles ou rejetés. J’admire leurs militants, parfois incompris même de leurs proches.
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Et chez les cathos ? Ils font souvent partie des catégories précédentes. Mais plus spécifiquement, on trouve beaucoup de gens qui prient dans le secret, qui sont actifs dans leur paroisse même si le curé ne leur convient pas. J’aime accompagner des curieux de la Bible et des chercheurs, des questionneurs qui ne se satisfont pas des réponses toutes faites. J’admire les prêtres, jeunes ou vieux, qui vivent le ministère de longues années dans les quartiers difficiles des villes ou dans l’isolement des campagnes. Ils sont signes de la fidélité de Dieu.
Vous l’avez compris si vous m’avez lu jusque là. Les saints sont à votre porte et la sainteté est à votre portée. En ces jours de souvenir de nos défunts, au-delà de l’émotion et de la souffrance de leur départ, cherchons quelle étincelle d’humanité et de sainteté nous allons reprendre à notre compte pour continuer à les faire vivre.
Jean-François Penhouët, Mission de France, 28.10.2026