Petites méditations en ce jour d’Annonciation confinée.

« JE TE SALUE, COMBLÉE DE GRACE ; LE SEIGNEUR EST AVEC TOI »

Si j’entends facilement la salutation pour Marie, j’ai plus de mal à l’entendre pour moi, pour nous en ces jours. C’est plutôt avec le peuple hébreu qui récriminait dans le désert que j’aurais envie d’invectiver le Seigneur ou en reprenant les mots virulents des Psaumes : « Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? – Tire ma vie de ce désastre ». Pourtant ma foi me fait tenir en même temps cet autre psaume : ‘Il est avec nous, le Seigneur de l’univers ; citadelle pour nous le Dieu de Jacob’ (Ps.45). C’est probablement le temps de la foi écartelée, pas tranquille, de la foi qui ne peut se contenter de mots pieux qu’on répète sans jamais vraiment les habiter. De la foi qui n’est pas une assurance ni un opium, mais un combat. Trois noms pour une seule personne : « Dieu-avec-nous », Emmanuel, Jésus qui veut dire « Dieu sauve ». Dieu sauve en étant avec nous, y compris dans la détresse : la Croix se profile déjà à Noël !

RIEN N’EST IMPOSSIBLE A DIEU !

Vraiment ? C’est trop fort ! Je n’ai pas envie de me joindre aux neuvaines, aux chaînes de messes pour faire « plier » Dieu à force de supplications : puisqu’Il est le Tout Puissant, Il peut donc arrêter la propagation du virus. Je ne juge pas ceux qui prient de ces façons-là. Le Seigneur a bien dit qu’il faut toujours prier sans se lasser. Mais je ne crois pas que Dieu « cédera » en fonction de la quantité de chapelets ou de messes que nous aurons célébrées. Aujourd’hui, la foi me dit qu’une vie a commencé dans le sein de Marie « sans qu’elle ait connu d’homme ». Mystère devant lequel ma raison raisonnante s’incline ! Mystère qui ne prend sens que parce que je crois aussi que Jésus est ressuscité et que donc Dieu est plus fort que la mort ! Dieu, maître de la vie : à son commencement, comme à son terme… qui n’est peut-être pas son terme. La mort ne serait-elle pas l’ouverture de la Vraie Vie comme l’avait écrit Thérèse de Lisieux : « Je ne meurs pas ; j’entre dans la Vie ! »

FIAT !

« Que Ta volonté soit faite ! » pour ceux qui ne connaissent pas le latin. Soumission, comme en islam ? « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », nous fait prier Jésus quand Il nous donne LA prière, le « Notre Père ». Une volonté à faire qui fut aussi un combat pour Lui au moment de la Passion : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ; mais non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux ». Faire la volonté d’un autre, ce n’est vraiment pas dans la nature de l’homme, sauf s’il est certain que cet autre lui veut du bien. Mais comment en être sûr ? Quelle est la volonté de Dieu dans les circonstances actuelles ? Personne ne se prononce de manière péremptoire sur le sujet, et heureusement ! Par contre, je pense que Dieu nous parle et nous fait signe à travers tout événement et toute situation. Y discerner son message, sa parole, sa volonté, ne peut souvent se faire qu’après-coup dans la prière et l’échange, seul et en Église. Dans l’humilité toujours : qui pourrait être assuré d’être le porte-parole, le prophète de Dieu ? Des faux-prophètes, la terre en est pleine. Marie, en ce jour, a dit oui à un projet inouï pour elle, dans la confiance, ne sachant pas où ce fiat l’entraînerait. Qu’elle nous entraîne à sa suite, dans la foi et l’espérance.

P. Jean-François PENHOUËT – Mission de France
Évry 25/03/20
(publié avec l’aimable autorisation de son auteur)